Voici un article du Devoir concernant les coupures à l’aide sociale pour les demandeurs d’asile :
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Le gouvernement Legault a commencé à réduire le soutien social offert aux demandeurs d’asile présents au Québec en abolissant une allocation de quelques dizaines de dollars par mois offerte à ceux qui reçoivent de l’aide sociale. Des dizaines de milliers de personnes seront touchées.
L’aide supprimée consiste en un « ajustement » offert aux demandeurs d’asile pour compenser le fait qu’ils n’ont pas accès au crédit de solidarité comme les autres prestataires de l’aide sociale. La somme accordée oscille entre 15 $ et 30 $ par mois, selon la situation du prestataire (en couple, en colocation ou pas).
La ministre responsable de la Solidarité sociale, Chantal Rouleau, a adopté à la fin de mai un règlement qui prévoit l’abolition de cette mesure à compter du 1er octobre.
Cette coupe survient alors que le gouvernement Legault menace de sabrer l’aide sociale aux demandeurs d’asile si Ottawa refuse de réduire leur nombre au Québec. La semaine dernière, le premier ministre François Legault déclarait de nouveau ne rien exclure en la matière, y compris « revoir l’aide sociale pour certaines personnes immigrantes temporaires ».
Aux yeux du Collectif Bienvenue, qui vient en aide aux demandeurs d’asile, c’est de « l’acharnement ». « Ça va venir empiéter sur leur capacité à se nourrir, notamment. Pour nous, c’est s’acharner sur les personnes les plus vulnérables de notre société », avance la directrice de l’intervention sociale de l’organisme, Maryse Poisson.
En cette période de crise du logement, le chèque d’aide sociale ne suffit même pas à payer le loyer, ajoute-t-elle. « Les gens ne souhaitent pas rester sur l’aide sociale. Moi, je vois des gens se débattre pour réussir à travailler. »
Pour « limiter les dépenses »
Le ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale justifie sa décision par la nécessité de « limiter ses dépenses » et pointe du doigt le gouvernement fédéral. « Le Québec accueille plus de demandeurs d’asile que les autres provinces en comparaison à son poids relatif dans la population canadienne », a-t-il expliqué par écrit au Devoir. « La situation actuelle […] l’oblige à limiter ses dépenses, et ce, malgré les multiples demandes faites au fédéral sur cet enjeu. »
Le ministère souligne en outre que l’aide supprimée n’existe pas dans les autres provinces et qu’il « doit s’assurer de la gestion rigoureuse, efficiente et équitable du budget des programmes d’assistance sociale ».
Questionné sur les économies générées par cette coupe, le gouvernement Legault n’avait toutefois pas d’estimations à fournir. On sait par contre qu’en 2024, l’aide sociale offerte aux demandeurs d’asile a coûté 507,7 millions de dollars au Trésor public québécois, soit 37 % de plus que l’année précédente (369,4 millions).
L’ensemble des demandeurs d’asile adultes résidant au Québec, soit près de 45 000 personnes, sera touché par la fin de cette mesure. Les personnes seules qui en bénéficient reçoivent 14,92 $ par mois ; les couples, 29,83 $ ; les personnes qui vivent en colocation, 25,08 $.
Rappelons qu’au Québec, les demandeurs d’asile peuvent recevoir des prestations d’aide sociale en attendant que leur demande soit traitée par le fédéral.
Selon les calculs du gouvernement, les demandeurs d’asile comptent pour 28 % des personnes qui bénéficient du programme d’aide sociale de base (le moins généreux). En incluant les autres programmes, qui ciblent aussi les personnes inaptes au travail, cette proportion est plutôt de 17 %.
Des améliorations ailleurs
Cette abolition a été insérée en mai dans l’un des règlements qui découlent de la réforme de l’aide sociale présentée par Chantal Rouleau l’automne dernier.
Le règlement du 28 mai comprenait par ailleurs de bonnes nouvelles pour d’autres prestataires de l’aide sociale. Le gouvernement a notamment décidé de rembourser les frais d’entretien de certains appareils respiratoires et de baisser les taux d’intérêt imposés aux personnes qui accumulent des dettes envers l’aide sociale. Le ministère offre aussi une aide financière supplémentaire aux personnes qui ont un enfant handicapé à leur charge et augmente la prestation spéciale donnée aux prestataires victimes de violence qui sont hébergés dans une ressource.
Les groupes de défense des droits sociaux continuent toutefois de dénoncer cette réforme parce qu’elle abolit les allocations mensuelles de 166 $ qui étaient données automatiquement aux prestataires de l’aide sociale de 58 ans et plus ainsi qu’aux mères de famille monoparentale ayant à leur charge un enfant de moins de 5 ans. Cette aide est maintenue pour les personnes qui la reçoivent déjà, mais elle ne sera plus offerte aux prestataires qui entreront dans ces catégories à l’avenir.
Le 11 juin dernier, trois groupes ont manifesté devant les bureaux de Mme Rouleau pour dénoncer cette réforme. L’Association pour la défense des droits sociaux du Québec métropolitain, l’Association de défense des droits sociaux de la Rive-Sud et le Regroupement des femmes sans emploi du nord de Québec ont aussi pressé la ministre de renoncer à la coupe ciblant les demandeurs d’asile.
En mai dernier, Le Devoir rapportait que d’autres services offerts aux demandeurs d’asile étaient compromis, cette fois du côté de l’aide juridique.
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