Voici une publication parue dans la section opinion du journal Le Devoir qui pourrait vous intéresser :
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Au tournant du 1er juillet, les récits douloureux de la crise du logement se multiplient à travers l’espace médiatique. Des personnes seules de tous les âges et des familles se retrouvent sans logement convenable. Pourtant, la réparation tant attendue d’une injustice systémique pourrait marquer un tournant dans cette crise persistante.
En effet, les règles encadrant la vie maritale à l’aide sociale s’imposent comme une violence sourde et méconnue impactant non seulement les principaux concernés, mais aussi la société québécoise. Deux adultes prestataires de l’aide sociale qui souhaitent cohabiter — qu’ils soient en couple, amis ou colocataires — voient leurs prestations fusionnées, puis réduites. Pire encore : si l’un touche un revenu de travail, même modeste, l’autre peut perdre tout droit à une aide.
Le message est clair : lorsque la vie nous amène à être prestataires de l’aide sociale, aimer, s’entraider, partager un toit, des tâches ménagères ou un repas devient punissable à l’aide de coupure déguisée en fraude sur lesquels des dettes avec intérêts s’appliquent.
La Commission des droits de la personne, le Conseil du statut de la femme et le Collectif pour un Québec sans pauvreté figurent parmi les nombreuses voix qui se sont élevées pour réclamer le droit à une formule « Une personne = un chèque ». Des acteurs juridiques du monde universitaire ont aussi joint leurs appuis, tels que Véronique Fortin et ses collègues (2021). Leurs travaux démontrent les répercussions concrètes : pertes financières, dépendance économique accrue des femmes et enquêtes intrusives dans la vie intime sans équivalent dans les autres programmes sociaux. Celui-ci conditionne et compromet ainsi l’accès à des droits aussi fondamentaux que l’autonomie individuelle, le droit à la vie privée et à un niveau de vie suffisant.
Alors que 64 % des adultes québécois vivent en couple, ce n’est le cas que de 12 % des prestataires d’aide sociale. Ce n’est pas un hasard, mais le résultat du contrôle abusif et discriminatoire exercé par l’État. Plus encore, la réglementation entourant la « vie maritale » ne lutte ni contre la pauvreté (comme l’État s’en est donné le rôle à travers son projet de loi 112) ni contre la fraude. Elle ne permet pas non plus de réduire la responsabilité financière de l’État envers les prestataires. Elle empêche, au contraire, les formes les plus élémentaires de solidarité, brise des liens, isole les personnes les plus vulnérables et marginalisées de notre société et aggrave les effets déjà lourds de la précarité.
On peut facilement estimer que la proposition « Une personne = un chèque » favoriserait grandement la solidarité des personnes prestataires de l’aide sociale à travers la cohabitation, qu’elle soit amicale ou amoureuse, sans toutefois représenter une hausse des dépenses pour l’État. Du même coup, cette approche pourrait libérer des dizaines de milliers de logements.
Dans un contexte de crise du logement où des milliers de personnes peinent à se loger décemment et où le coût des loyers atteint des sommets inaccessibles, cette mesure aurait un double effet bénéfique : en plus de sécuriser les revenus des personnes les plus vulnérables, elle contribuerait à désengorger le marché locatif en facilitant le partage d’espace. En cessant de pénaliser la cohabitation, l’État encouragerait une meilleure utilisation du parc résidentiel existant, tout en favorisant un tissu social plus solidaire et résilient. Cette mesure ne représente pas un supplément financier pour l’État, mais un simple redéploiement plus juste des ressources existantes.
Cette solution, appliquée pour le revenu de base, est déjà bien connue de l’État. La Coalition avenir Québec affirme avoir déjà proposé d’individualiser les prestations d’aide sociale dans le cadre du quatrième plan de lutte contre la pauvreté (2024) ; toutefois, le montant versé demeure toujours bien inférieur à celui qu’une personne seule recevrait. Autrement dit, cette « réforme » applique la même logique punitive et compromet, encore une fois, l’autonomie financière dès qu’on souhaite cohabiter.
La seule pièce manquante est l’ambition politique d’intervenir publiquement sur un règlement touchant directement une population ayant très mauvaise presse. Pendant ce temps, des dizaines de milliers de personnes continuent de vivre seules contre leur gré. Isoler et punir la solidarité ne réglera rien. Refuser une avancée aussi simple révèle la volonté d’entretenir l’exclusion, tout en gaspillant une ressource résidentielle précieuse.
Comme suggéré par la démarche « Cohabiter : Un droit, une solution », la cohabitation ne devrait pas être un risque de suspicion ; c’est un droit fondamental dont les échos dépasseraient largement les principaux concernés, mais pourraient avoir un réel effet sur la société québécoise.
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